samedi, 24 juin 2017
 

"Islamiser l’alimentation" : Une démonstration de Fractures au sein de la Société Française

ASIDCOM a pris connaissance de la tenue de la première réunion du CEN (Comité Européen de Normalisation) à Istanbul en septembre 2013 dans le cadre des travaux sur une future norme européenne halal. L’association a alors demandé à être membre de la commission AFNOR « Denrées alimentaires halal ».

La liste des membres de la commission « Denrées alimentaires halal » peut être consultée sur le site internet de l’AFNOR [1] . On note la présence, notamment, du Bureau de culte (Ministère de l’intérieur), et du CNRS ( IDEMEC - UMR 7307). Comme indiquer dans son CV [2] [3] ligne , Mme Bergeaud Blackler (CNRS, IDEMEC) est "Membre du groupe de travail AFNOR/V06A "Denrées alimentaires halal" 2014-2017". Mme BERGEAD-BLACKLER et Mr Bernard GODARD (du bureau de culte et spécialisé sur les questions liées à l’islam) ont Certains point de vue sur le halal qui sont contestés par ASIDCOM. Le CFCM et AFNOR-Certification apparaissent aussi sur la liste des membres de la commission.

Malgré la participation à plusieurs réunions de la commission « Denrées alimentaires halal » de l’AFNOR, ASIDCOM est encore inquiète quant à la compatibilité de cette démarche de normalisation avec le respect effectif des libertés religieuses musulmanes relatives à l’alimentation. L’AFNOR est, en effet, chargé d’une mission d’intérêt générale relatif au système français de normalisation par décret n°2009-697 du 16 juin 2009. Elle opère sous tutelle des pouvoirs publics d’une façon générale et en particulier du ministère de l’industrie.

L’AFNOR a, notamment, « pour objet de fournir, des documents de références, élaborés de manière consensuelle par toutes les parties intéressées. ». « Elle élabore, diffuse et vend des normes ». Or, comme cela nous a été rappelé par le Ministre Sortant de la consommation, Mr Benoit HAMON "La mention "halal", qui identifie les produits conformes à la loi de l’Islam, est une mention à caractère strictement religieux. Sa définition est du ressort exclusif des instances religieuses. Le contrôle des conditions de son utilisation doit rester d’ordre privé" [4]

L’AFNOR a-t-elle le droit de s’approprier une norme religieuse comme le halal ? Les questions relevant du religieux du halal peuvent-elles être soumises au consensus d’acteurs non-musulmans d’une commission de normalisation ? La certification du halal va-t-elle se faire par des non-musulmans sous une autorité non musulmane ? Où s’agit-il d’une tentative pour séparer le halal de son essence religieuse ?

Ce premier article n’a pas pour but de répondre à toutes ces questions. Mais nous allons juste exposer quelques éléments devant être pris en considération. Ces derniers sont extraits de la charte du CFCM, des déclarations de Mr Bernard GODARD et de l’article « Islamiser l’alimentation » de l’anthropologue Mme Florence BERGEAUD-BLACKLER.

La Charte du CFCM et le Halal

Le mercredi 4 juin 2014, le CFCM a rendu public, au bout de ses quelques dix années d’existence, sa première « Convention Citoyenne des Musulmans de France pour le vivre-ensemble » [5]. La convention a réservé plusieurs de ses articles à des thèmes liés à la consommation musulmane. Nous nous intéressons ici à l’article 15 intitulé « LES RITES ALIMENTAIRES ». Il rappelle que « Les préceptes relatifs à l’alimentation constituent des devoirs bien identifiés par le Coran. On relève 24 versets qui contiennent des prescriptions alimentaires. ». Mais il ne faut pas oublier toute la tradition prophétique portant sur le sujet transmise par voie orale, écrite et les pratiques commune des musulmans de génération en génération. D’ailleurs l’article élucide un résumer du contenue des préceptes religieux portant sur la question du sacrifice des animaux selon l’abattage religieux dans la tradition de notre prophète bien aimé. « Pour que la viande soit « Halal », c’est-à-dire licite et consommable par le musulman, le sacrifice doit être rapide pour être le moins douloureux possible. Le sang doit être évacué et le sacrificateur musulman doit prononcer la formule religieuse en égorgeant l’animal, la tête tournée vers la Mecque. C’est la spécificité de cet abattage qui permet de certifier la qualité de « viande Halal ».

Par ailleurs le CFCM par cet article « recommande aux acteurs concernés de rationaliser l’organisation de l’Abattage rituel et fiabiliser les engagements pris par les différents Opérateurs qui interviennent sur toute la chaine de production, afin de garantir aux Musulmans de France la conformité des produits certifiés « Halal » qui sont proposés aux consommateurs musulmans. »

Le Halal diasporique selon Bernard GODARD

Dans le cadre d’un échange privé avec la présidente d’ASIDCOM, dont nous avons pu obtenir l’autorisation d’en rendre une partie publique, le développement de l’utilisation du label halal est considéré, par notre interlocuteur B. GODARD [6] du Bureau de Culte (Ministère de l’Intérieur), comme le résultat d’une nécessité récente pour les musulmans d’identification formelle du halal. Ce nouveau besoin est quant à lui, né suite au poids grandissant des musulmans en diaspora et les musulmans français en sont un bon exemple. La jurisprudence du halal serait, selon B. GODARD, très complexe. « Elle doit être en quelque sorte recherchée car elle n’a pas forcément été toujours utilisée ». Notre interlocuteur se demande, « par exemple, la validité [pour une consommation musulmane] des animaux abattus par des gens du livre, qu’en est-il ? " [7]

Nous avons constaté, dans le propos de B. GODARD, une réticence quant aux revendications des acteurs musulmans de certaines règles religieuses qui se confondent avec des considérations éthiques par ailleurs. Par exemple, le bon traitement des animaux, l’exclusion des farines animales (à l’origine de la "maladie de la vache folle », c’est à dire, l’encéphalopathie spongiforme bovine) sont donnés pour exemple « d’éthiques communes à toute l’humanité » qu’ils ne convient pas d’en faire « l’apanage d’une éthique « religieuse » en particulier » ! [8] Au-delà de la méconnaissance manifeste de la jurisprudence musulmane sur la question de l’alimentation des animaux et le bienêtre animal, ces déclarations montrent une incompréhension du fait que ces idées ont été acceptées depuis longtemps dans l’Islam et ont été acceptées que récemment par la société laïque. Cela représente aussi une tentative de marginaliser les aspects positifs de la pensée religieuse. Pourtant le fait qu’une norme halal doit souligner l’obligation religieuse de bientraitance, sélection, nourriture de l’animal et respect des règles du sacrifice islamique des animaux, ne signifie en aucun cas que les éventuelles notions éthiques découlant de ces obligations sont une exclusivité à la religion musulmane.

Nous avons choisi de partager avec nos lecteurs la totalité des propos de B. GODARD afin de comprendre ce nouveau point de vue qui définit le halal comme une invention diasporique. (Voir notes bas de page 5 et 6)

Nous avons aussi noté que la théorie du halal diasporique de Mr. GODARD est similaire aux idées exposées récemment par l’anthropologue française Florence BERGEAU-BLACLER, dans son article « Islamiser l’Alimentation : Marchés halal et dynamiques normatives ».

Florence BERGEAU-BLACLER et le consommateur musulman

Elle affirme dans son article, « qu’il ne faut pas céder aux théories suspicieuses qui font du marché un acteur vénal et sans scrupule, créateur d’une marque halal à destination de musulmans supposés crédules" [9]. Elle ne reconnait pas au consommateur la légitimité d’agir en sa qualité de musulman [10] et tend à taxer l’opposition des consommateurs musulmans à l’interférence de l’étourdissement avec leur abattage religieux d’extrémisme et de radicalisme. Elle a déjà réduit l’association de consommateurs musulmans ASIDCOM à la personne d’ « un blogueur » Mr DI-SPIGNO fondateur et président sortant de l’association [11]. Elle a caractérisé, plus récemment, le site internet www.asidcom.org de blog très actif tout en se demandant quant à la représentativité de l’organisation [12]. Dans son article « islamiser l’alimentation » elle souligne que les sites Al-kanz, ASIDCOM et tendances halal sont parmi les plus anciens de ces nouveaux groupes de consommateurs musulmans qui fustigent le « faux halal » (c’est à dire, des mentions halal qui violent les normes traditionnelles) comme ils dénoncent le « faux islam » . Mais nous n’en savons pas plus sur ce qu’elle entend dire par le « faux islam » . Elle confirme, dans le même article, qu’ASIDCOM déclare l’assommage « anti-islamique » . Cependant, elle ne précise pas en quoi l’assommage est "anti-islamique"  ! Elle considère, par ailleurs, qu’il est osé de la part des trois mosquées agréées de refuser l’étourdissement : « Alors qu’elles n’avaient jusqu’ici jamais osé condamner l’étourdissement,…, les mosquées de Paris, de Lyon et d’Evry s’alignent sur la position du Consistoire israélite de Paris, invariablement hostile à l’étourdissement. ». [13]

F. BERGEAU-BLACLER est actuellement membre de la Commission Française de l’AFNOR [14] « Denrées Alimentaires Halal » dans le cadre du projet du CEN pour l’établissement d’une norme halal. On peut donc se demander sur le rôle qu’elle joue au sein de la très institutionnelle commission « denrées alimentaires halal » de l’AFNOR ? L’analyse suivante de son récent article « Islamiser l’Alimentation : Marchés halal et dynamiques normatives » laisse dubitatif quant au type d’apport qu’elle pourra fournir au sein d’une commission de normalisation halal regroupant les experts sur le halal.

« Islamiser l’alimentation » dans un Contexte de confrontation

Elle introduit son article en évoquant l’existence d’un « scepticisme », « mépris », des « vieilles hostilités » vis-à-vis du marché halal et/ou du « monde musulman ». Elle parle de « bataille du marché halal » dans « l’ère post-11 septembre », « après l’explosion des Twin Towers ». Elle rappelle une « fracture civilisationnelle » qui a pu servir à justifier les « guerres pétrolières ».

Elle souligne, quelques pages plus loin, des sentiments parallèles de la part des musulmans émigrants, notamment en France. Elle désigne les produits illicites (mangés par les non-musulmans) comme une source de « confusion », de « désordre », de « saleté », « d’impureté », de « dégoût », « d’écœurement » pour les musulmans hors du dâr al-islam. Selon son analyse, « Incorporer une substance illicite, c’est devenir autre, ici un chrétien [15], c’est un acte de déni de soi et de son groupe, d’autant plus grave qu’il marque le corps physique… » « ...autour de ce tabou s’élabore un imaginaire collectif de la corruption, de l’altération alimentaire et du monde vivant, ... ».

Elle va plus loin encore dans la démonstration de cet esprit de conflit, d’affrontement et de séparation au sein du marché halal en soulignant une division intra musulmans à cause du halal. Elle estime que « Dans les années 2000, les batailles autour du vrai et du faux halal tracent une ligne entre les « vertueux » et les « corrompus »  ». « Contre ce qui est décrit comme une gestion politique opportuniste ou corrompue des affaires de la communauté par les mosquées historiques … les sites communautaires qu’ils [16] contrôlent exaltent les valeurs religieuses de piété, d’endurance, de résistance, de rigueur de ces jeunes musulmans français aux barbes longues, filmés au cours de leurs visites quotidiennes des abattoirs et des boucheries halal des villes, en charge d’assurer la surveillance et la protection effective des musulmans de France  ». N’est-ce pas une tentative d’attiser les flammes de l’islamophobie ?

La question de l’organisation du marché halal par les acteurs musulmans, d’un point de vu intracommunautaire, est bien plus compliquée que ce type de raccourci et d’amalgame. Il y a certes des manquements, des problèmes de formation, de compétence et du sérieux de certains acteurs et une tromperie généralisée, mais tout cela peut rentrer dans le cadre de la jurisprudence sur les Mouamalat au niveau intracommunautaire et le droit (code de la consommation et droits de l’homme) au niveau national et européen.

Nourriture halal et Diaspora

Dans son article « Islamiser l’alimentation », elle propose que « Le label « halal » est une création industrielle mais la nourriture halal qui en est à l’origine doit plutôt être considérée comme une invention diasporique. Le halal est donc le résultat d’une congruence entre deux dynamiques, la dynamique extrinsèque du marché et la dynamique intrinsèque de l’invention diasporique » dont elle développe les axes.

Elle propose un premier cliché situant le halal dans l’espace, « Le halal figure la frontière de l’espace du mangeable » et annonce que cet espace est « érigé par les musulmans émigrés hors du dar al-islam ». En effet, selon elle, le contexte de « rencontre » ou « confrontation » a suscité le besoin de distinction et de séparation chez les émigrants de leur nourriture alors qu’« avant la mondialisation du commerce halal, les nourritures halal étaient inconnues des pays musulmans. » Ainsi toujours selon F. BERGEAD-BLACKLER le « « Halal » est une appellation diasporique investie dans un second temps par les acteurs économiques et religieux »

Un deuxième cliché est proposé, « être musulman, « c’est couper le mouton » ». Ces propos qu’elle attribue à un musulman lors d’une fête du sacrifice sont investis par l’anthropologue afin de confirmer que « le lien est rendu explicite entre nourriture et dévotion, aliment et identité religieuse ». Elle explique qu’« en réalité, le geste technique d’abattage n’est pas différent de celui des maquignons locaux, » puis elle s’investit en musulmane ou Alima [17] pour décréter que « le rituel est surtout cérémoniel d’une dévotion à Dieu : orientation vers la Mecque et prononciation de la tasmiyya ». Ainsi, elle ne tient pas compte des différences entre l’abattage traditionnel en France et l’abattage religieux.

Or les propos de ce musulman en le jour de l’Aid expriment vraisemblablement son attachement à son droit d’effectuer le sacrifice de l’Aid par lui-même comme le recommande sa religion [18]. Le sacrifice du jour de l’Aid est une des principales pratiques cultuelles musulmanes. Elle renvoie à la mémoire du sacrifice d’Abraham qui est le père des trois religions monothéistes ; Judaïsme, Christianisme et Islam.

D’ailleurs c’est ce qu’elle reconnut étonnement dans un autre article moins récent :« Pour beaucoup de consommateurs, la production de viande halal reproduit le geste du sacri­fice d’Abraham, commémoré lors de la fête de l’Aïd el Kebir, et peu ont conscience qu’elle est issue comme les autres d’un abattage industriel. » [19]

L’ouverture des boucheries halal s’inscrit selon l’anthropologue dans le cadre d’une volonté du diaspora musulmane de séparation entre viandes musulmanes, juives et chrétiennes. « Les musulmans ouvrent leurs propres boucheries en dépit de l’absence de consigne de la part des autorités islamiques. Les oulémas, …, n’interdisent pas formellement la consommation de nourriture des « gens du livre », c’est-à-dire chrétiens et juifs et leurs traditions. ». Elle occulte complètement les textes règlementaires qui sont les principales raisons derrière la multiplication des boucheries halal en France. C’est d’ailleurs ce qu’elle affirme, paradoxalement par elle-même, plus loin dans son article sous le titre « l’industrialisation de l’abattage rituel ».

« Dès lors que l’abattage rituel est institutionnalisé, les familles musulmanes perdent le contrôle des circuits courts de production et de distribution. Trois solutions sont alors retenues : braver la loi d’interdiction, s’approvisionner auprès des bouchers juifs, et enfin ouvrir des boucheries musulmanes. »

Puis elle s’étonne ; « Comment les musulmans se soumettent à des règles et à un cérémonial stricts que les érudits religieux ni ne justifient, ni ne leur imposent ? »

L’anthropologue confond à plusieurs reprises dans son article entre viande conventionnelle ou industrielle et viande des « chrétiens ». Elle va jusqu’à avancer que les musulmans de la diaspora se sont interdit la viande des chrétiens : « la justification de l’interdiction de la viande des « chrétiens » repose sur des arguments divers : impureté du sang et des résidus, risques pour la santé, irrespect de l’animal, industrialisation, etc. En dépit du fait que les viandes halal industrielles soient issues d’animaux saignés et vidés de leur sang de la même façon que les viandes conventionnelles, cette crainte persiste ». Or la viande industrielle réputée halal est supposée, par une grande majorité des consommateurs musulmans et non musulmans, provenir d’un abattage religieux conforme aux prescriptions musulmanes. Malheureusement, les pratiques trompeuses généralisées sur ce marché ne sont pas encore prises au sérieux par les services de répression de la fraude en France et en Europe.

Par ailleurs, cette question de viande des gens du livre a été débattue par les savants musulmans en termes de principes généraux. L’acceptation de cette viande nécessite le respect de certaines conditions qui n’existent pas forcément dans certains pays. Et dans les temps modernes cela est encore plus compliquée par le manque d’assurance que le boucher (ou tueur) soit un chrétien. Ce problème n’est pas valide pour la viande casher, où l’accomplissement de l’abattage par un juif est un requis !

Aussi la recherche ou la quête entreprise par les musulmans pour le licite est traduite par l’auteure comme le besoin ou l’existence d’un travail normatif pour définir le halal [20]. Elle, s’est basé sur les échanges des internautes sur des forum afin d’en conclure qu’il y a un travail normatif au sein de la communauté musulmane afin de définir le halal . Ce travail selon elle est dû à un vide idéologique et historique sur la question de la nourriture halal ! Ce n’est pas ce qu’elle disait dans son article « Halal : d’une norme communautaire à une norme institutionnelle » de 2006 ; « En même temps, dans ce domaine, la méfiance règne. Un détour par les sites Internet musulmans l’atteste. Les discours dénoncent les « gabegies » et autres « malversations » : la grande majorité des allégations halal serait fausse, les consommateurs seraient trompés. ».

Elle a avancé dans son article d’autres exemples afin d’appuyer sa thèse d’une invention diasporique à l’origine des nourritures halal. Elle a beaucoup insisté sur un supposé besoin et organisation de la séparation des viandes dans une démarche craintive, protectionniste et de repli identitaire afin d’unifier et préserver l’intégrité du groupe et sa reproduction. Elle conclut notamment que « le marketing halal aujourd’hui généralisé contribue également à raffermir et confirmer aux musulmans de la diaspora le lien qu’ils ont construit entre identité islamique et régime alimentaire ».

Il est aussi intéressant de voir comment l’anthropologue essaye de délimiter son analyse aux seuls musulmans de la diaspora. Elle souligne « Mais ce lien identité/nourriture n’est pas systématique : on peut se sentir pleinement juif sans manger exclusivement cacher, et certainement pleinement français sans manger de cuisses de grenouilles. »  ! Et elle semble perdre de vu qu’on peut aussi être musulman sans manger halal, même si les interdits alimentaires sont encore une pratique religieuse pertinente, pour les juifs et les musulmans.

Puis elle explique que « Le lien entre alimentation et identité n’est valide qu’en permanence investi de signification, vivifié et revivifié collectivement par le groupe ou par l’au-delà du groupe ». Et pour prouver que c’est le cas pour les musulmans elle ajoute : « Les enfants des familles musulmanes n’entament pas un processus de restriction alimentaire suivant un apprentissage progressif et rationnel de la religion par des instances spécialisées. Le tabou de l’illicite ne leur est pas appris, mais leur est transmis, parfois « brutalement », par un appel à la vigilance vis-à-vis de cette chair de porc qui leur est interdite car ils sont musulmans. ». Cette perception du mécanisme de transmission intergénérationnelle musulman n’est pas sans rappeler les théories [21] développées autour du voile islamique juste avant son interdiction dans les écoles françaises.

Interdits alimentaires et mixité sociale

« Il est important de noter que malgré quelques malentendus courants, un mode de vie islamique n’est ni intrinsèquement anti-occidentale, ni anti-américain. » [22] La religion musulmane s’est annoncée comme une religion universelle. « Et Nous ne t’avons envoyé qu’en miséricorde pour l’univers. », Sourate les prophètes v107. L’islam enseigne l’ouverture et le partage avec les autres et favorise la paix sociale. Dans les pays à minorité musulmane, les musulmans se mélangent naturellement avec les non musulmans et partagent avec eux toutes activités et traditions sociales non contraignante vis-à-vis de leurs obligations religieuses. Les musulmans aiment aussi partager la nourriture entre eux et avec les non musulmans.

« Adorez Allah et ne Lui donnez aucun associé. Agissez avec bonté envers (vos) père et mère, … le proche voisin, le voisin lointain, le collègue et le voyageur, …, car Allah n’aime pas, en vérité, le présomptueux, l’arrogant, » Les femmes, V36

D’après ‘Aicha et Ibn ‘Omar, le Prophète a dit : « L’Ange Djibrîl n’a cessé de me faire des recommandations au sujet du voisin, au point que j’ai cru qu’il allait lui accorder une part de l’héritage » Alboukhari et Mouslim. [23]

La mixité sociale avec des non musulmans n’empêche pas, en effet, la transmission de la foi musulmane entre les générations y compris dans les pays à minorité musulmane. La transmission est assurée souvent par une parole simple (Dieu est unique), l’enseignement pratique des actes d’adoration (prière individuelle ou en groupe, jeûne, zakat et pèlerinage (Hajj)), la transmission de l’amour du prophète de l’islam, de la Mecque, et des compagnons, et la célébration des deux fêtes religieuses. Aucun de ces outils de transmission ne requiert une séparation, à part le séjour à la Mecque.

Les musulmans dans les pays à minorité musulmane restent présents et actifs dans leurs sociétés malgré les difficultés économiques et d’autres obstacles dus à une laïcisation parfois extrêmement hostile au religieux. [24]

Conclusion

Certes, il est dans l’intérêt de tous que les responsables politiques et l’administration française ne se laissent pas tenter de suivre les fausses théories de Mme BERGEAUD-BLACKLER, fondées sur sa vision d’une société française en conflit puisque tout un groupe n’est pas à 100% semblable à un autre groupe ! Ces thèses émanent d’une lecture superficielle, très sélective et manipulatrice du système social français de nature à servir un agenda xénophobe et/ou économique de certains groupes.

Il faut se concentrer afin de résoudre les vrais problèmes de pratiques déloyales sur le marché halal. Aussi pour protéger les intérêts français sur le marché national et international, il est urgent que les positions institutionnelles soient plus attentives aux revendications et besoins des consommateurs musulmans.

Crédit photo


[1] http://www2.afnor.org/espace_normal...

[2] http://www.bergeaud-blackler.eu/cv/...

[3] http://web.archive.org/web/20140619...

[4] http://www.asidcom.org/L-Ultime-Mes...

[5] http://www.lecfcm.fr/wp-content/upl...

[6] Bernard GODARD est un ancien agent des renseignements généraux. Il est devenu depuis 1997 un conseiller au gouvernement sur les questions liées à l’islam. Il n’est pas musulman.

[7] « Je ne remets bien sûr pas du toute en cause la qualité halal en soi, dont les contours sont définis par les différents textes sacrés musulmans. Ce que je veux dire par "l’invention du halal" et il n’y a rien de péjoratif dans la formulation, c’est le caractère récent de la nécessité de l’apposition du label sur un produit car la majorité des produits halal étaient produits ou consommés en pays musulman jusqu’il y a une vingtaine d’années sans que le besoin s’en fasse sentir. Le poids grandissant des musulmans en diaspora a fait naître le besoin d’identifier formellement le halal et les musulmans français en sont un bon exemple. En revanche, je remarque que quand le gouvernement tunisien a voulu lancer une marque halal, il y a eu une sorte de tollé car les tunisiens dans leur majorité ont estimé que ce qui était produit en Tunisie était "naturellement" halal et n’avait pas besoin d’être labélisé. Ce n’est pas le cas pour la Maroc car on a bien fait comprendre que cette marque était destinée à valoriser les produits à l’export. Donc, oui, bien sûr, il y a une jurisprudence à mettre en œuvre mais elle complexe (par exemple, la validité des animaux abattus par des gens du livre, qu’en est-il ?), elle doit être en quelque sorte recherchée car elle n’a pas forcément été toujours utilisée. C’est cela que j’appelle "invention" et que je devrais peut-être plutôt qualifier de "redécouverte" ou de "mise à niveau". » Mr B. Godard, Bureau de Culte, 11 juin 2014. Ces propos sont une réponse à la question suivante posée à Mr B. Godard (Bureau de Culte) par Mme Hanen Rezgui (ASIDCOM), le 4 juin 2014 « Enfin, dire que le halal est une invention du à la globalisation du marché et que les aliments halal n’existaient pas chez les musulmans n’est absolument pas compatible avec votre expertise sur l’islam. Il est bien établi que la mention « halal » sur les aliments identifie les produits conformes à la loi islamique. Cette mention est à caractère strictement religieux défini par la jurisprudence musulmane. » »

[8] « A propos de l’éthique et des règles religieuses en général, de quelque religion que ce soit, mon avis est le suivant : l’éthique vis à vis de l’alimentation pour moi n’appartient à aucune religion en particulier. Le bon traitement des animaux, le fait d’ingérer des produits sains (par exemple exclure les farines animales) et bien d’autre choses sont communes à toute l’humanité et ne sont pas l’apanage d’une éthique "religieuse" en particulier. Perforer le crâne d’un bœuf avec un appareil barbare est sûrement contre l’éthique humaine, mais je ne possède aucune preuve que l’absence d’étourdissement est plus "éthique" même si l’abattage juif ou musulman est bien accompli. C’est pour cela que je pense qu’il ne faut introduire dans la norme halal que ce qui est strictement rituelique à l’exclusion de considérations de type qualitatif en général. Par exemple, je n’ai rien contre l’appréciation "Tayeb" ou "Tayybat", mais je m’interroge sur la validité pour qualifier comme tel un produit qui peut l’être dans l’absolu, sans avoir besoin qu’il soit passé par une qualification halal. Je respecte la croyance de ceux qui estiment que le halal ajoute de la saveur aux mets mais je doute qu’il faille introduire cette notion dans une norme européenne. Il ne faut retenir que les éléments strictement "objectifs" » Mr B. Godard, Bureau de Culte, 11 juin 2014. Ces propos sont une réponse à la question suivante posée à Mr B. Godard (Bureau de Culte) par Mme Hanen Rezgui (ASIDCOM), le 4 juin 2014 « Ensuite, Je ne m’attendais pas à voir que le bureau du culte confond entre règles/définitions religieuses et éthique. J’ai même compris que la demande d’inscrire clairement les règles et définitions religieuses dans la norme est interprétée par vous comme étant une volonté d’islamiser certaines éthiques communes. Je vous assure que la jurisprudence sur le halal ne vise que les musulmans. »

[9] Bergeaud-Blackler Florence, « « Islamiser l’alimentation ». » Marchés halal et dynamiques normatives, Genèses, 2012/4 n°89, p. 61-87.

[10] Dans un commentaire posté sur Oumma.com, BERGEAUD-BLACKLER souligne qu’ASIDCOM fait du musulman un consommateur particulier - http://oumma.com/Brigitte-Bardot-no...

[11] http://culturevisuelle.org/deusexma...

[12] http://www.cardiff.ac.uk/cplan/site...

[13] BERGEAUD-BLACKLER Florence, « « Islamiser l’alimentation ». » Marchés halal et dynamiques normatives, Genèses, 2012/4 n°89, p. 61-87.

[14] http://www.bergeaud-blackler.eu/cv/...

[15] On comprend de l’analyse de l’anthropologue que les viandes traditionnelles vendues en France, durant la première guerre mondiale doivent être considérées comme des viandes chrétiennes.

[16] Certains acteurs du marché halal comme certains groupes de représentants de « consommateurs musulmans »

[17] Singulier féminin du mot arabe « ouléma » qui signifie les savants de la religion musulmane

[18] De nombreux hadiths consacrent le mérite du sacrifice. Par exemple, At-Tirmidhî rapporta selon `Â’ishah que le Prophète — paix et bénédictions sur lui — dit : « Il n’y a pas une œuvre plus agréable auprès de Dieu que l’homme puisse accomplir le jour du sacrifice que de faire couler le sang (de son sacrifice). »

[19] Florence Bergeaud-Blackler, « Halal : d’une norme communautaire à une norme institutionnelle », Journal des anthropologues [En ligne], 106-107 | 2006, mis en ligne le 16 novembre 2010, consulté le 22 mai 2014. URL : http://jda.revues.org/1270

[20] « Les sites internet regorge de discussions normatives alimentées par des internautes des deux sexes et de tous âges en recherche de cohérence éthique, grisés par la liberté de pouvoir « islamiser » sans entrave. Au travers des questionnements sur ce qui est halal ou haram, sur le licite et l’illicite, sont abordés et réexaminés les grands thèmes de la modernité… Le halal business, entre les mains des acteurs économiques, s’est engouffré dans ce vide idéologique et historique » Bergeaud-Blackler Florence, « « Islamiser l’alimentation ». » Marchés halal et dynamiques normatives, Genèses, 2012/4 n°89, p. 61-87.

[21] On a par exemple défendu la thèse de "une femme voilée est une femme soumise"

[22] L’Agence américaine AT Kearney, Addressing the Muslim Market. Can You Afford Not To ? (2009).

[23] Les droits du voisin http://www.islamweb.net/frh/index.p...

[24] En France, l’interdiction du voile à l’école public a poussé certaines familles dont les filles refusaient d’ôter leurs voiles à les mettre dans des écoles privées (islamiques, catholiques ou autres). Cependant, la majorité des familles continuent à préférer l’école publique, tout en menant une lutte afin d’obtenir l’abrogation de cette loi jugée comme injuste. De même, la publication en 2012 de la circulaire Chatal qui préconise la neutralité religieuses des parents accompagnant leurs enfants lors des sorties scolaires et voyages, n’a pas pu faire désister les mamans musulmanes voilées qui ont continué à accompagner leurs enfants. Ces mamans mènent actuellement une lutte contre cette nouvelle étape essayant de les exclure de la vie sociale en France.

 
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