vendredi, 1er août 2014
 

L’abattage religieux en Europe : la tromperie du consommateur et l’échec de DIALREL

(english )

Hanen Rezgui (ASIDCOM, France), Joe M. Regenstein (Cornell University, USA), Abdel’ Aziz Di-Spigno (ASIDCOM, France)

L’industrialisation de l’élevage et de l’abattage des animaux a conduit à l’apparition de nouvelles formes de maltraitance envers ces créatures. Dès la naissance et jusqu’au moment de l’abattage, l’animal est souvent vu comme une matière première « insensible ». Lorsqu’on lit la règlementation des gouvernements sur la protection animale ou quand on entend les réclamations de certaines associations de protection animale institutionnalisées, on est surpris par le fait que parfois les animaux sont maltraités par ceux qui sont supposés être responsables d’eux.

Le savoir-faire du paysan et la manipulation manuelle des animaux disparaissent progressivement pour laisser place à une manipulation automatisée qui peut être appropriée ou non vis-à-vis de la bientraitance animale On encourage l’utilisation des techniques d’abattage qui permettent le développement de grands abattoirs industriels privés qui ont souvent échoué, en Europe, concernant le respect du bien-être animal, y compris quand il y a un besoin excessif de transport. Certains consommateurs préfèrent souvent les petites salles d’abattage de proximité pour répondre à leurs besoins spécifiques.

Nous constatons une méconnaissance de la part des consommateurs en général de la maltraitance infligée aux animaux du fait de l’industrialisation de leur élevage et de leur abattage. Une réalité à laquelle on a ajouté un phénomène de tromperie du consommateur musulman, qui dure depuis plusieurs décennies. Alors que les associations de protection animale préconisent un étourdissement qui peut provoquer la mort de l’animal, fait qui arrange les industriels en leur permettant une plus grande rentabilité, on annonce aux consommateurs musulmans que l’étourdissement est assurément réversible (dixit l’Académie vétérinaire de France). Mais les conditions utilisées en présence des autorités religieuses sont souvent différentes des conditions utilisées réellement lors de la production au regard des conditions de travail dans le secteur des industries de la viande.

Nous allons ici donner des chiffres sur les ampérages minimums préconisés par l’OIE (Office de la santé animale mondiale). Ainsi, les consommateurs ou les autorités religieuses pourront vérifier par eux-mêmes les effets de l’étourdissement tel qu’il peut être pratiqué par ceux qui suivent les recommandations de l’OIE.

EspècesIntensité minimale de l’étourdissement appliqué à la tête seulement
Bovins1,5 A
Veaux (bovins âgés de moins de 6 mois)1,0 A
Porcs1,25 A
Ovins et caprins1,0 A
Agneaux0,7 A
Autruches0,4 A
EspècesIntensité minimale (en milliampères par volaille)
Poulets de chair100mA
Poules pondeuses (de réformes)100 mA
Dindons150 mA
Canards et Oies130 mA
Intensité minimale (en milliampères par volaille)
Fréquence (Hz) PouletsDindes
<200 Hz100mA250mA
De 200 à 400 Hz150mA400mA
De 400 à 1500 Hz200mA400mA

Notons que ces ampérages sont loin d’être respectés par les industriels de la viande halal, et particulièrement celle de la volaille. Cette réalité est citée dans le rapport de l’EFSA (Autorité Européenne de sécurité des aliments) qui s’intitule « proposition pour un conseil de réglementation de la protection des animaux au moment de leur mise à mort » :

Volaille : utilisation de courant alternatif à haute fréquence et/ou l’application de courant continu dans le bain à eau d’étourdissement :

Les premiers bains d’étourdissement utilisaient un courant alternatif à une fréquence de 50 Hz, puisqu’il s’agit de la fréquence délivrée par les générateurs électriques. Dependent, suite à des problèmes de qualité de viande (éclaboussure de sang, casse des os) il semble que certains abattoirs utilisent soit une fréquence plus élevée (ex:400 Hz) en courant alternative ou courant continu. Les scientifiques ont souligné que l’augmentation de la fréquence du courant alternatif ou continu peut réduire l’efficacité de l’étourdissement qui conduit à l’immobilisation (paralysie) de l’animal en subissant les chocs électriques au lieu d’être étourdi “ page 75, rapport sur le site internet de europa.eu

Personne ne peut nier que la question de l’abattage rituel et de la viande halal est immergée dans un bain d’une mixture politico-socio-économique. L’économie exige que l’abattage rituel ne diffère pas de l’abattage conventionnel en Europe pour des questions de rentabilité financière (au détriment aussi de la question des conditions de travail des salariés), celle-ci étant nettement supérieure en utilisant ces méthodes plutôt qu’un abattage religieux conforme aux préceptes de l’Islam et du Judaïsme. Quant à la politique, l’Union Européenne (U.E.) veut alimenter ces deux grands marchés sans respecter leurs exigences. En effet, l’U.E. n’est pas encore prête à reconnaitre que l’identité musulmane fait maintenant partie de son patrimoine humain. Enfin, sur le plan social, on assiste à des tentatives de manipulation de l’opinion publique en utilisant « la mauvaise science ». Ainsi l’abattage religieux musulman (ou juif) est présenté en Europe comme étant une atteinte à la protection animale, en se basant sur une hypothèse datant de la fin du 19ème siècle qui ne peut accepter l’idée que les pratiques traditionnelles peuvent en vérité être aussi bien, ou mieux, que l’étourdissement qui est basé sur des hypothèses non-démontrées. L’étourdissement est en effet devenu un dogme du rationalisme athée.

Le projet DIALREL financé par l’Union Européenne est un exemple qui a consisté en un monologue de la part de la communauté scientifique, avec un manque de respect et d’implication pour les communautés religieuses. Nombre de ses rapports sont maintenant publiés sur son site web officiel, et il prétend de façon fallacieuse l’idée d’un dialogue.

  • Les avantages et les bienfaits de l’abattage religieux ne sont pas considérés correctement par les rapports de Dialrel. Au contraire, on assimile l’opposition à l’étourdissement par les consommateurs et les autorités religieuses à un refus du progrès scientifique, bien que ces rapports abusent de la science et violent quelques raisonnements scientifiques clés, comme celui de fournir des informations suffisantes pour permettre de reproduire l’expérience et d’obtenir de nouveau ses résultats.
  • La vision religieuse du bien-être animal est jugée très idéaliste car incompatible avec l’industrialisation de l’abattage des animaux, selon certains auteurs des rapports de Dialrel. On sait que les cinq libertés reconnues dernièrement à l’animal, dans nos sociétés occidentales, ne sont que les droits que l’Islam lui a accordé quinze siècles auparavant, l’incohérence d’un prétendu dialogue ne peut que se confirmer. http://www.dialrel.eu/images/report...
  • L’animal doit être « libre de soif, de faim et de nourriture impropre », « libre de désagréments corporels et thermiques », « libre de douleurs, de blessures et de maladies », « libre d’angoisse et de stress chronique  » et « libre de présenter un comportement naturel ». Ces cinq libertés, quand elles sont respectées, garantissent la bientraitance animale dès sa naissance et jusque après son abattage selon les rites musulman et juif.
  • Les études scientifiques qui confirment au moins une égalité entre l’abattage religieux et les autres méthodes d’abattage, en termes de bientraitance animale, sont jugées partiales par les auteurs des rapports de Dialrel, bien que leurs conclusions soient tout simplement et volontairement ignorées. voir page 223-224
  • Son guide « Le guide des bonnes pratiques pour l’abattage rituel » fait référence à des observations sur des sites d’abattages industriels, qui peuvent en effet avoir des insuffisances en terme de bientraitance animale et être incompatibles avec les objectifs de l’abattage halal et cacher (voir Velarde et al.). De plus, l’étude la plus récente sur l’abattage sans étourdissement, en provenance de Nouvelle Zélande, a été critiquée par le Dr. Temple Grandin, probablement un expert de la bientraitance animale reconnu dans le monde, dans un article qu’elle a publié sur son site web (sur grandin.com)
  • Le « Guide des bonnes pratiques pour l’abattage rituel  » se focalise sur l’acte d’abattre l’animal, alors que la bientraitance animale, nous le rappelons, dépend bien plus du traitement subi par l’animal lors de sa manipulation avant la saignée elle-même. Malheureusement, les nombreuses investigations effectuées par Dialrel, dans les abattoirs en Europe, ne peuvent pas être considérées sérieusement, car elles se sont focalisées sur le moment de l’abattage tout en négligeant tout le reste du processus. ( voir Verlade et al. - Rapport recommandation)
  • D’ailleurs, on remarque que le rapport propose comme solution de remédiation au prolongement de la conscience l’étourdissement de l’animal, sans s’attarder sur le fait qu’il faille chercher les causes d’un tel prolongement pour l’éviter aux autres animaux, malgré l’hypothèse soutenant l’idée qu’une mort lente est une mort misérable, ce qui reste fortement contestable. (rapport recommandations)
  • DIALREL, plutôt que de travailler dans le cadre des exigences de l’abattage religieux, a cherché à imposer sa propre et nouvelle forme d’abattage. C’est la seule chose qui justifie l’absence de la moindre démarche dans le sens d’une amélioration des conditions de l’abattage religieux en industrie et du développement de nouveaux systèmes lui permettant de répondre aux exigences de la production industrielle en terme de productivité ; tout en ignorant le travail de Temple Grandin qui a permis d’ouvrir des sites à haut rendement en Amérique du Nord, répondant semble t’il aux meilleures exigences de la bientraitance animale.
  • L’étourdissement réversible ne présente pas de garantie que l’animal soit vivant au moment de la saignée, et nous n’avons aucun moyen de vérifier la continuité de la vie d’un animal étourdi, notamment sur les chaînes industrielles à haute vitesse de production. La solution consistant à vérifier le battement du cœur de l’animal étourdi avant la coupe ou à observer le flux du sang après la saignée n’est pas pratique dans un contexte industriel.
  • « L’étourdissement post-jugulation (appellé aussi post mortem) a pour objectif d’accélérer la mort de l’animal ; il est IRREVERSIBLE et il n’est pas accepté par la quasi-totalité de la communauté musulmane. Le post mortem n’est pas utilisé en Grande Bretagne (MHS report, 2003). Un pré-requis pour l’abattage halal est que l’animal doit mourir suite à la coupe et non suite à un coup ou à une autre action physique. L’étourdissement post mortem ne rejoint donc pas le critère de Dhabah. L’inclusion et la considération des exigences de l’abattage rituel telles qu’elles sont indiquées ci-dessus, mènent à cette évidence.  » (Shuja Shafi, Chair, Food Standards Committee, The Muslim Council of Britain, August 2010)
  • La communauté musulmane française n’a pas été représentée dans ce projet bien que la France possède la plus grande communauté musulmane de l’UE. Un participant musulman (AVS qui est un des organismes français de certification halal) a essayé de impliquer dans le projet Dialrel, et a indiqué sa déception à la direction du projet avec un communiqué de presse publié sur son site Internet.

L’échec de DIALREL à promouvoir et à participer à un dialogue ouvert ne doit pas freiner les consommateurs et les autorités religieuses. Ces derniers sont appelés à prendre leur responsabilité pour favoriser le développement et l’amélioration de la pratique de l’abattage religieux, dans le respect de la bientraitance animale, des exigences religieuses et des besoins spécifiques des citoyens européens juifs et musulmans.


 
A propos de ASIDCOM
A propos d’ASIDCOM Créée en 2006 et présidée par Abdelaziz Di-Spigno jusqu’à juin 2011, l’association ASIDCOM est une association de consommateurs musulmans, déclarée ( type loi 1901) le 3 octobre 2006 en Préfecture des Bouches-du-Rhône, puis déclarée le 28 janvier 2013 à la Préfecture du Nord et elle (...)
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