mardi, 24 octobre 2017
 

Le World Halal Forum Europe 2010 à Londres

(english )

”la première demande qu’on a après sa naissance est de pouvoir manger, il s’agit d’une préoccupation primordial, c’est un façon d’échanger (communiquer)…. » (« Food is the first request we have after the birth, it is a primary concern, it is a way of exchange… » ), Abdelhamid Evans, WHFE 2010, UK.

Le World Halal Forum Europe 2010 a débuté à Londres dans la salle de conférences Earls Court Centre, le mardi 10 Novembre en présence de 148 délégués de 28 pays. L’association ASIDCOM y était pour représenter les consommateurs musulmans.

Ce forum est considéré comme le premier événement majeur de l’industrie halal au Royaume-Uni à ce jour. Le World Halal Forum Europe 2010 a su, lors de sa deuxième venue en Europe, passer un message fort aux industriels et aux enseignes de la distribution concernant le besoin du respect du consommateur musulman au sein d’une filière Halal en pleine expansion. Les différentes présentations traitaient chacune d’un aspect important de la protection et du respect des consommateurs de halal.

Parole aux Consommateurs Musulmans

Les membres délégués du conseil des musulmans de Grande Bretagne (Muslim council of Britain MCB) ont soulevé l’importance de la notion de « halal » et sa forte relation avec la vie spirituelle du musulman « eating halal reflects my personality, my behaviors… » (« Manger Halal reflète ma personnalité, mon comportement….. »). Ils ont aussi présenté les résultats d’une enquête conduite dernièrement auprès des consommateurs musulmans au Royaume Uni concernant leurs habitudes et leurs convictions en terme de consommation de produit halal. La plupart des personnes interrogées ont répondu qu’ils consomment halal par conviction religieuse, qu’ils désapprouvent l’abattage mécanique et que le fait que l’animal soit conscient au moment de l’abattage est le point le plus proche de leurs visions de l’abattage religieux.

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D’après vous, la méthode d’abattage mécanique est elle une méthode licite d’abattage ?

Par ailleurs le MCB a soutenu l’idée d’établir un référentiel international pour les produits halal. Cependant, ils ont insisté sur la nécessité d’une accréditation des organismes de certification Halal conformément aux préceptes de l’islam et devant se faire sur le plan national de chaque pays.

Quant à l’intervention de John Pointing de l’université de Kingston, elle a porté sur « Regulation, Certification and Consumer Protection » (« la Règlementation, La Certification et la Protection du Consommateur »). John Pointing a présenté des travaux menés en collaboration avec les Dr Y. Teinez et le Dr S. Shufi de la MCB publiés sous le titre « Illegal labelling and sales of halal meat and food products  » (2008) 72 Journal Of Criminal Law 206.

Philip Pfeffer est intervenu sur le projet d’une loi européenne sur l’étiquetage des produits provenant d’un abattage sans étourdissement, notamment l’amendement 205 dans le cadre de la résolution du Parlement Européen. Quant à Stuart Shotton, il a présenté les implications légales de la description religieuse d’un produit (« Legal Implication of Religious Descriptions : Food Labelling »).

Toutes ces présentations ainsi que d’autres furent l’occasion de dialogues et de débats rappelant la volonté des consommateurs musulmans à mettre fin à l’étourdissement (post ou pré abattage / prior and post-cut stun) et à la tromperie dans le cadre de la production de la viande halal. Les études présentées par les consommateurs et leur présence lors du Forum (ASIDCOM pour la France et BEHALAL pour le Royaume-Uni) avaient pour but d’inciter les industriels à trouver un compromis leur permettant de respecter les spécificités des produits halal et de résoudre les contraintes économiques sans avoir besoin d’opter pour l’utilisation de l’étourdissement.

Analyse d’ASIDCOM : le Dialogue avec le consommateur doit se fructifier

Les propriétaires d’entreprises non-musulmanes ont besoin d’approfondir leur connaissance de l’Islam” (« Non-Muslim business owners need deeper understanding of Islam ») Abdelhamid Evans, WHFE 2010, UK.

Cette règle doit concerner aussi toute personne impliquée sur le marché halal de près ou de loin, car il s’agit d’un principe fondamental dans le domaine des échanges économiques en Islam. Omar Ebn Alkhattab que Dieu l’agrée, ami et compagnon du Prophète Mohammed (Paix et Bénédiction sur lui) et deuxième calife de l’Islam, a dit : « Personne ne vendra sa marchandise dans notre marché, sauf celui qui a maîtrisé les sciences religieuses (en relation avec Almouamalet) ». Il s’agit de connaître les règles qui régissent les échanges économiques en islam et de connaître clairement le licite et l’illicite. Cette connaissance ne doit pas être superficielle car il faut savoir que ces règles et le respect du licite dans nos échanges et notre nourriture portent une dimension spirituelle dans la vie quotidienne du musulman.

L’islam identifie l’abattage religieux musulman, parmi les autres méthodes d’abattage, comme étant une partie intégrante de la personnalité du musulman. Il définit l’acte de sacrifice de la vie d’un animal pour répondre à ses besoins nutritionnels ainsi que le fait de manger sa viande comme un acte d’adoration.

Cela fait partie des raisons pour lesquelles les consommateurs musulmans exigent que leur viande soit issue d’animaux abattus selon la SUNNAH du Prophète (Paix et Bénédiction sur lui) , sans aucun étourdissement. Et qu’ils ont besoin d’une assurance de la véracité du caractère Halal du produit qu’ils achètent, selon le principe islamique qui exige le témoignage d’un musulman « … parmi ceux que vous pouvez agréer comme témoins… » Coran : 2, 282. Une telle assurance peut être garantie par les organismes de contrôle musulmans (dits organismes de certifications halal) de la conformité des produits halal. Ces derniers doivent pouvoir revenir à un référentiel reconnu et digne de la confiance des consommateurs, d’une part et d’autre part ils doivent subir une procédure d’accréditation sur le plan national pour mettre fin à la situation chaotique actuelle causée par un certain nombre d’organismes sur le marché halal.

Il est aussi temps que les acteurs économiques en Europe bénéficiaires des revenus du marché halal s’intéressent sérieusement et sincèrement au développement de l’application du « cahier des charges » d’un produit halal digne de ce nom.

Au cours de ce deuxième WHFE, les consommateurs et leur mécontentement étaient au cœur des débats et les industriels ont pu réaliser par eux même l’importance de la licéité des produits pour le musulman. Une petite étincelle a vu le jour en faveur d’un vrai dialogue, malgré une certaine réticence de la part des industriels pour parler ouvertement de leurs contraintes de production et essayer de se pencher sur la question du halal autrement que ce qu’ils ont fait jusqu’à maintenant.

Mais, l’électrisation des volailles ou des autres animaux n’est surement pas la seule solution pour éviter les problèmes de production (comme la casse des ailes des volailles). Maintenant, il existe des systèmes de contention qui ont été développés afin d’éviter ce genre de problèmes. Aussi les acteurs du marché halal sont invités à investir dans la recherche et le développement de nouveaux systèmes de production adaptés à l’abattage rituel, aux exigences du bientraitance animal (بالحيوان الرفق Arrifkou bilhayawane) ainsi qu’à l’intégrité du caractère licite du produit.

L’utilisation de l’étourdissement électrique pour des questions de bientraitance animale ne peut plus être un argument sérieux pour justifier cette pratique. En effet, Le physiologiste Harold Hillman assure, dans un article qu’il a publié le mois d’octobre dernier, qu’«  il y a beaucoup de preuves, directes ou indirectes, que l’animal étourdis électriquement ressent plus de douleur qu’un animal abattu rituellement. "Shechita" et "dhabihah" sont peut-être des « pratiques du Moyen-Âge » mais cela n’implique pas nécessairement qu’il faille aujourd’hui s’opposer à leur utilisation sans avoir examiné soigneusement les preuves scientifiques au préalable. C’est l’approche rationnelle que nous, ….. devrions adopter, en prenant soin de ne pas nous laisser guider par les préjugés que nous pouvons avoir contre la religion. »

ASIDCOM souhaite favoriser la continuité du dialogue des différents acteurs du halal avec le consommateur pour le bien de tous. Après l’Angleterre, le World Halal Forum sera le bienvenu en France où nous essayerons d’aller de l’avant pour le dialogue entre toutes les parties

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A propos de ASIDCOM
A propos d’ASIDCOM Créée en 2006 et présidée par Abdelaziz Di-Spigno jusqu’à juin 2011, l’association ASIDCOM est une association de consommateurs musulmans, déclarée ( type loi 1901) le 3 octobre 2006 en Préfecture des Bouches-du-Rhône, puis déclarée le 28 janvier 2013 à la Préfecture du Nord et elle (...)
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