samedi, 24 juin 2017
 

Première conférence des Pays du Golfe sur le Halal : une prise de conscience en marche

La première conférence étatique des Pays du Golfe sur le halal et ses services a été organisée par l’état Koweitien, en collaboration avec l’organisme de certification des Pays du Golfe (GCC standardization organization) et s’est déroulée du 26 au 29 janvier 2011 dans la banlieue de Koweït city.

Cette conférence, qui est en soi une première, arrive surement un peu tard par rapport au contexte du développement anarchique du marché halal depuis ses 20 dernières années, mais comme dit le proverbe « il vaut mieux tard que jamais ». Plusieurs présentations ont été données sur les produits halal et ses services d’un point de vue scientifique et avec une approche islamique à la fois par des scientifiques, des religieux et des acteurs de terrain.

La Malaisie en force

La Malaisie a occupé une grande place dans cette première conférence des Pays du Golfe avec la venue de scientifiques et de personnalités du secteur du halal. Dès les premières présentations, on a mis les pieds dans le plat avec notamment les chiffres avancés par les malaisiens : à travers le monde, seulement 30 % des organismes de contrôles halal sont des organismes légaux et 70% des certificats halal sont faux. A noter aussi que la Malaisie, qui a déjà une longueur d’avance dans les normes par rapport à beaucoup d’autre pays, est en pointe dans le domaine de la recherche et développement des produits halal. Les avancées dans les techniques de détection de produits haram (illicites) tels que le porc ont été montrées ainsi que les tout récents travaux sur une méthode pouvant différencier les viandes issues d’animaux assommés ou non lors de l’abattage (application aux volailles électrifiées dans les bains d’eau).

Un condensé des problématiques touchant le halal

La conférence a été l’occasion de montrer aux savants, qui étaient partiellement représentés notamment par la présence d’un membre du International Islamic Fiqh Academy de Djeddah, les principales problématiques touchant le marché des produits halal et les répercussions sur les consommateurs. Plusieurs affaires ont été résumées en passant par le porc étiqueté halal, les produits halal contenant du porc vendu aux Pays du Golfe, aux produits halal vendus sans aucun contrôle permanent, les faux certificats,… jusqu’à des choses plus techniques qui posent questions comme les granulés à base animale donnés comme aliment à d’autres animaux ou bien encore, la compatibilité entre les bio technologies [1] et le caractère halal de ces méthodes. Le problème de la tromperie du consommateur a été évoqué à plusieurs reprises et a donné lieu notamment à plusieurs recommandations à la fin de la conférence : la numéro 5 touchant directement son information « La conférence réaffirme le droit des consommateurs de connaître la méthode utilisée pour l’abattage en étant clairement marquée sur la labellisation de la nourriture  » et la recommandation 3 appelant à étendre les études de R&D pour détecter la présence de produits haram (illicite).

Islamophobie et étourdissement

Enfin le problème lié à l’accroissement de l’islamophobie en Europe et en particulier en France et en Grande Bretagne a été évoqué à plusieurs reprises, avec notamment le lien entre celle-ci et des groupes voulant imposer les méthodes d’étourdissement aux musulmans sous prétexte déguisé de bientraitance animale.

Concernant l’étourdissement, plusieurs travaux scientifiques ont été cités par plusieurs intervenants montrant les avantages de l’abattage rituel et les méfaits des méthodes d’étourdissement sur la bientraitance animale. Certes, de nombreux débats ont eu lieu aux cours de cette conférence entre les « pro-étourdissements » (souvent des représentants de groupes de l’industrie agroalimentaire) et les « anti-étourdissements » (certificateurs sérieux, scientifiques). Une des recommandations finales de la conférence est d’agir avec une grande prudence avec l’utilisation de méthode par étourdissement et au maximum de préconiser largement l’utilisation de l’abattage manuel.

Importance d’une standardisation commune et unification des moyens de contrôles

Plusieurs religieux et intervenants ont insisté sur l’importance de dépasser les divergences et d’aller vers une unification des standards et moyens de contrôles. Notamment deux exemples ont été tirés de l’Afrique du Sud qui a su passer en quelques années d’une vingtaine organismes de contrôles à quelques organismes avec pour objectif l’unification totale pour 2012. Ce pays a mis en place en parallèle une éducation ciblée pour sensibiliser les consommateurs. Un zoom a été fait aussi sur la Bosnie qui a développé en collaboration avec l’Etat un unique organisme de certification reconnu et protégé par celui-ci. Ce pays compte ouvrir très prochainement le premier institut de R&D européen consacré exclusivement aux produits halal. La conférence appelle notamment dans la recommandation 2 à une standardisation des procédures de contrôles pour vérifier le caractère halal (permission) des produits importés pour le marché commun des Pays du Golfe et à coordonner les échanges d’information avec les autres pays musulmans.

Présentation des nouvelles problématiques touchant le marché du halal.

Les problèmes de licité ont été abordés notamment pour les produits cosmétiques (60% des produits cosmétiques déposés sur le corps sont absorbés par notre peau) et pharmaceutiques (ingrédients à base animale ayant un rôle inactif mais cachés aux yeux des consommateurs). La conférence a fini par un focus sur d’autres produits comme la finance islamique ou le tourisme dit halal (à voir plutôt comme une façon de vivre, une éthique). Des idées ont été esquissées notamment sur le lien à faire entre les investissements pour le développement et la sécurisation de l’industrie du « halal » et les apports financiers provenant de la finance islamique.

Dans toutes ces informations condensées, comment ne pas prêter attention à la dernière prière commune (Maghreb) réalisée au milieu de la salle de conférence qu’un des savants a dirigée en prenant les sourates « At Takathur  » (La course aux richesses, sourate 102) et « Al Ikhlas » (L’Unicité, sourate 112)… Surement plus qu’un clin d’œil, un rappel à méditer dans ce contexte de développement effréné de l’industrie halal et de ses services.

  • La présentation d’ASIDCOM a porté sur "La Realité de l’Industrie Halal et de Ses Services En Europe" (voir le pdf (arabe))
  • Tous Les transparents des présentations sont accessibles en cliquant ici.

[1] La bio technologie consiste à transformer des matériaux par des agents biologiques pour produire des biens et services (voir wikipedia)

 
A propos de ASIDCOM
A propos d’ASIDCOM Créée en 2006 et présidée par Abdelaziz Di-Spigno jusqu’à juin 2011, l’association ASIDCOM est une association de consommateurs musulmans, déclarée ( type loi 1901) le 3 octobre 2006 en Préfecture des Bouches-du-Rhône, puis déclarée le 28 janvier 2013 à la Préfecture du Nord et elle (...)
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