vendredi, 18 août 2017
 

Conférence AVS sur l’abattage rituel en France et en Europe

Le 1er avril 2008 /1429H., l’association AVS (A Votre Service) entreprise d’abattage rituel et de certification halal sans étourdissement a organisé une conférence avec la participation du docteur D. Simonin de la DGSANCO (direction de l’Union Européenne chargée de la protection des consommateurs et de la protection animale), de la sociologue F.Bergeaud-Blackler (responsable du projet européen DIALREL sur le « dialogue » autour de l’abattage rituel), un représentant de Irish Country Meat (entreprise irlandaise présente sur le marché du halal), du directeur F. Frund de l’OABA (œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs). Aussi une liaison webcam a été réalisée avec le professeur Regenstein en direct de New York aux Etats-Unis.

Disons tout d’abord notre regret devant les difficultés du démarrage, de la mauvaise qualité de la communication avec les USA, la durée de la conférence qui n’a pas permis vraiment un dialogue puisque seulement huit questions posées sur les trois heures des cinq intervenants autour de l’abattage rituel, l’approche sociologique, l’économie et le droit :

Abattage rituel

Organisé en deux parties. La première intervention de l’OABA nous raconte l’historique de l’association. Ensuite le directeur de l’association précise qu’il n’est pas contre l’abattage rituel mais critique les mauvaises conditions de sa réalisation (équipement, formation…). L’OABA s’appuie sur plusieurs documents (avis de l’agence européenne de la sécurité alimentaire de 2004, rapport du COPERCI, avis de l’Académie vétérinaire de 2006) pour poser la question de l’étourdissement.

L’association OABA utilise plusieurs arguments pour défendre sa position :

- pratique de l’étourdissement en Australie, Nouvelle Zélande…et qui sont sur les marchés du moyen orient

- divergence dans la communauté et acceptation par certains.

La deuxième intervention est celle du professeur Regenstein qui pose le préalable de l’éthique, de la bientraitance des animaux. Il fait état des divergences chez les musulmans et les juifs sur la question de l’étourdissement. Il demande que l’on accepte les points de vue divergents. L’urgence à son avis est l’amélioration des conditions d’abattage (équipement, contention…).

Il critique certaines études qui prônent l’étourdissement car dit-il les données sont faibles dans leur rigueur scientifique (par exemple les travaux de la Royal Vétérinary Society Sweden).

Il s’agit donc d’optimiser l’abattage rituel, ses systèmes. Il faut aussi un standard dans le vocabulaire scientifique.

En conclusion le professeur se fait le défenseur de l’abattage rituel et la période nécessite d’aller à l’encontre des préconçus.

Sociologie

F.B.Blacker présente ses travaux connus et déjà publiés. Nous n’apprenons pas grand chose de nouveau.

Le halal représente 12% des échanges mondiaux. En 2025 il s’agirait de 20%. D’après l’enquête de l’OABA de 2000, 118 abattoirs réalisent du halal sur 330 structures :

- 28% en bovins dont 11% étourdis

- 43% en veaux dont 7% étourdis

- 62% en ovins dont 12% étourdis.

Il n’existe pas de transparence du marché. Le halal n’est pas une norme consensuelle et sert aux opérateurs à requalifier du bas de gamme, valoriser une différence, faire du halal sans le dire.

D’après l’étude de 2005, 85% des musulmans interrogés prétendent consommer halal (pas de différence d’âge, de sexe, de catégorie socioprofessionnelle, indépendant de l’investissement religieux mais une tendance vers les jeunes de -30 ans).

Elle fera état de plusieurs autres travaux connus (Geisser 2000 sur les collégiens et lycéens, Tiberj 2006).

Enfin elle aborde la question du « manger et vivre ensemble » à partir de la question de l’environnement (quartiers, écoles), de la nourriture identitaire et des tabous alimentaires .Elle s’inquiète du radicalisme à travers le lien entre l’absence de transparence du halal et l’absence de clarté. F.Bergeaud-blacker revendique la nécessité d’étudier le phénomène sans tabou en dépassant la victimisation, rendre la norme halal aux religieux, assumer la transparence et le droit de la consommation, une certification contrôlée (référentiel).

Exemple de marché halal

L’intervention de John Neeman d’Irish Country Meat précise la structure d’abattage de l’industriel irlandais ( trois abattoirs).

50% des ventes sont réalisées vers les musulmans et 90% de la production d’agneaux et 80% des bovins sont exportés notamment vers l’Afrique du Nord.

Contexte religieux et perspective européenne

Le docteur D.Simonin de la DGSANCO précise le cadre européen.

Protocole du bien-être des animaux

Les animaux sont définis comme des êtres sensibles tout en respectant les rites religieux.

Charte des droits fondamentaux Article 10 relatif à la liberté de manifester sa religion…et l’accomplissement des rites. Son évolution dépendra de l’application où non du Traité de Lisbonne.

Règles d’hygiène

Référence au Règlement 853/2004 chp IV-annexe III-7 a) sur la dérogation permettant le tranchage de la trachée et de l’œsophage.

Règles de protection animale

Référence à la Directive 93/119/CE article 2 qui définie la responsabilité de l’autorité religieuse, l’article 5 paragraphe 1 point c) qui autorise l’abattage rituel et dispense de l’obligation de l’étourdissement.

Le docteur Simonin résume le contexte : le principe est le respect du religieux, une dérogation pour le tranchage de la trachée et l’œsophage, la non obligation de l’étourdissement, des exigences additionnelles comme l’autorité religieuse placée sous la responsabilité du vétérinaire officiel, la contention des bovins (le décret français rend obligatoire la contention mécanique de toutes les espèces).

Ce contexte n’a jamais établi un bilan officiel de sa mise en œuvre. Des différences existent puisque l’abattage rituel est interdit en Norvège, Suède, ¾ de l’Autriche, Suisse. Au Danemark l’étourdissement post mortem est réalisé (après la saignée). Il y a une variabilité de la gestion selon les états membres et les tentatives de l’obligation de l’étourdissement en Belgique et Pays Bas ont échoué.

La directive 93/119/CE va évoluée. Le projet porterait sur la formation des sacrificateurs, la prise en compte des recommandations DIALREL, intégration de méthodes d’évaluation et les conséquences du Traité de Lisbonne.


Analyse d’ASIDCOM

Problème d’ordre conceptuel

Dès lors que les musulmans s’organisent, défendent leurs droits… on entend victimes, radicalisme… Il faudra donc savoir quel est le cadre républicain et laïc donc non intégriste permettant aux musulmans en référence à leur identité de pratiquer leur religion au travail, à l’école, dans la cité.. Vivre ensemble c’est pas la négation d’une partie de la citoyenneté française de confession musulmane ni du respect au nom des libertés fondamentales des étrangers vivant sur le sol national. Il y a bien un dogmatisme à vouloir « tolérer » les musulmans mais ne pas les entendre ni les voir. Ils sont au cœur de la Nation qui s’est fécondée de l’Orient et de l’Occident.

AVS conseiller de DIALREL

On apprend que AVS a été nommée conseiller auprès de DIALREL. Comme l’a dit le docteur Simonin il s’agit « des gardiens du temple » (mauvais jeu de mot). AVS est donc désigné comme une cible puisque l’association s’engage sur une certification sans étourdissement ante mortem. C’est eux qu’il faut convaincre.

DIALREL est peut être l’équivalent de la Commission Stasi dont nous connaissons l’issue des travaux par le vote de la Loi scélérate contre le voile à l’école.

Abattage rituel de l’OABA

L’OABA se défend d’être islamophobe, de respecter l’abattage rituel. Oui certes mais quand on rajoute avec étourdissement, on comprend l’hypocrisie de façade ! Dans la circulaire interministérielle de l’Aïd ; l’OABA préconise l’étourdissement aux sacrificateurs au mépris du droit actuel.

Bénéfice de la saignée directe

Lorsque nous abordons la partialité avec par exemple l’occultation d’études scientifiques en Angleterre, USA, Allemagne, France (cf. les travaux d’ASIDCOM sur le bénéfice de la saignée directe) on nous renvoit au …. flou, la non objectivité ,le parti pris comme pour les travaux de Grandin et Regenstein.

L’OABA préconise une étude française mais dont le préalable serait d’accepter à priori les conclusions ; drôle de conception de la recherche scientifique ! Inacceptable.

On connaît une quarantaine d’études scientifiques sur la thématique.

Fatwas (avis juridique d’autorité religieuse)

Asidcom rappelle par exemple la fatwa du « Conseil européen de la fatwa et de la recherche » qui dans ses travaux de 1999 condamne la consommation des animaux sacrifiés par électronarcose (cf. travaux d’ASIDCOM).

Perspectives

Les défenseurs de l’étourdissement et de l’assommage préconisent une mesure post mortem après la saignée sur le modèle danois. C’est pourquoi ils vont travailler sur la question de l’insensibilisation.

Il faut donc poursuivre la mobilisation des musulmans autour de la pétition contre l’islamophobie dans le Code Rural (c’est là que seront traduites les dispositions législatives et/ou réglementaires), prendre connaissance des travaux d’ASDICOM sur la saignée directe, défendre le droit à l’information préalable des consommateurs musulmans (DHABH avec ou sans assommage et électronarcose ante ou post mortem), exiger des enquêtes des pouvoirs publics autour de l’allégation HALAL qui relève du Code de la Consommation (article L.121.1 sur la tromperie sur la marchandise).

« On est d’accord pour ne pas être d’accord » phrase bien connue chez les musulmans !

Il est regrettable que les organisations musulmanes ne fassent pas vivre entre elles une démarche authentiquement prophétique : celui de la culture de la consultation au-delà des divergences ; mosquées, organisations, associations, entreprises et gens des art et de la science (vétérinaire, médecins, ingénieurs…/…) en lien avec les savants religieux.

Quid du CFCM !


Sur le web

Pour aller plus loin, d’autres comptes rendus de cette table ronde sont disponibles :

- Le quotidien Les Marchés

- Blog Al Kanz : Intervention Mme F. B. BLACKER, Intervention association O.A.B.A., Intervention Dr. REGEINSTEN


 
A propos de ASIDCOM
A propos d’ASIDCOM Créée en 2006 et présidée par Abdelaziz Di-Spigno jusqu’à juin 2011, l’association ASIDCOM est une association de consommateurs musulmans, déclarée ( type loi 1901) le 3 octobre 2006 en Préfecture des Bouches-du-Rhône, puis déclarée le 28 janvier 2013 à la Préfecture du Nord et elle (...)
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